Montech – Moissac

Hier, dynamisés par la fraîcheur de la nuit, nous avons rejoint Moissac, 25 km depuis Montech. Tous en selle, Émile à vélo pour 5 bons kilomètres, Mona et Archibald en conversation dans leur cabane.

La route se passe bien, une pause de quelques minutes dure une bonne heure le temps de voir un bateau de location (le canal est uniquement touristique maintenant) passer l’écluse, de discuter avec le personnel (Voies Navigables de France) en charge des écluses et manger quelques graines et fromage local.

Nous avons passé le Pont-Canal de Cacor, édifice qui permet de naviguer au dessus du Tarn, très impressionnant. Photo 2 : enfilade de trois ponts : fluvial, ferroviaire et routier en arrière plan. Sur la 3ème on voit la différence de niveaux.

Moissac, située sur le chemin de Compostelle, a des airs de Toscane. Nous logeons pour deux nuits dans l’ancien Carmel, l’accueil est généreux et hospitalier, nous croisons beaucoup de pèlerins, en chemin, eux aussi. On est à l’intersection de deux diagonales, la notre, en gros Toulouse Brest, et la leur, Le Puy en Velay-St Jacques de Compostelle. Les échanges avec plusieurs pèlerins (pas de raisons religieuses dans ceux croisés) donne ce constat : leur diagonale ne prend de sens que parcourue seul… Une autre histoire. La ville de Moissac est célèbre pour son abbaye et son cloître, considéré comme le plus beau du monde. Alex est ému (et au paradis!) . Il a quand même la présence d’esprit de prendre des photos des autres où l’on voit qu’ils vont bien aussi !

 

Montauban – Montech

Mercredi nous partons pour notre première étape : Montauban – Montech en longeant le canal de Garonne. La (1ère ?) grande nouvelle de ce voyage c’est que Émile pédale. Et ça c’est une sacrée nouvelle parce qu’il sait faire du vélo depuis vendredi dernier… Nous avons donc choisi d’apporter son vélo. Émile pédale entre 4 et 6 km par étape, d’une traite. Il s’arrête régulièrement pour regarder un tracteur, un oiseau, des poissons dans l’eau, discuter, remarquer que « là on est bien, on pourrait faire une petite pause »et lâche même un « on pourrait faire l’école comme ça ». C’est fantastique de sentir la liberté au bout de ses roues. Première photo, nous sommes au km 0 de notre voyage, troisième photo c’est ma chute, 200m plus loin… genou abîmé, moral d’acier!

nous pédalons d’écluse en écluse et le paysage est ravissant.

Nous dormons au camping municipal de Montech… Manu, notre météorologue avait prévenu des gelées nocturnes (Merci Manu !). Nous nous préparons à une nuit difficile. Le directeur du camping nous propose de nous installer dans une cuisine si nous avons trop froid. Ca nous fait une roue de secours. Difficile de choisir entre l’audace d’une nuit incertaine mais qui nous donnera confiance (en nous et dans le matériel)  si elle se passe bien et la responsabilité de ne pas jouer vis à vis des petits. Le fait que des travailleurs logés au camping passent tour à tour dans la cuisine (notre chambre hypothétique !) pour aller prendre leur douche du soir et la bonne préparation de la tente nous décide. On allume quelques secondes le réchaud à gaz pour chauffer l’air intérieur. Nous endormons serrés comme des sardines, Archibald dans mon duvet, Émile et Mona sur notre matelas, entre nous deux. Réveil des parents à 5h30, c’est le moment le plus froid de la nuit, tout le monde dort bien au chaud. Fanchon transpire même ! Ce qui nous sauve ? L’isolation ( Millefeuilles) ! Grandes couvertures de survie au sol puis matelas, large et très très épais, nous en sac de couchage, une petite couverture de survie sur nous tous (qui condensera d’ailleurs, on sera vigilent la prochaine fois) enfin la tente qui est effectivement givrée (photo à 7h30)! Elle est en tissu, c’est lourd mais ça isole, et surtout ca respire, on vous racontera les grandes chaleurs. Prochaine étape, faire un feu dans la tente (si si ! Une ouverture est prévue à cet effet dans la partie haute du tipi, bigre !)

 

givre sur tente

 

C’est parti!

Lundi 17 avril, 9h15, nous arrivons gare d’Austerlitz pour le grand départ : où l’on découvre que nos vélos débordent et la SNCF n’a pas la même logique que nous!

Première mauvaise surprise : nous avions, par anticipation, réservé sur un TER, 3 emplacements de vélos non démontés. Un pour le vélo classique et deux pour le cargo qui se divise. Sur ce train, une voiture particulière (on ne dit plus wagon depuis la guerre) se divise en deux, une partie pour les vélos non démontés, l’autre pour les personnes handicapées. L’accès vélos se faisait par l’entré « classique » de la voiture, donc étroite, nous demandons au contrôleur et responsable du train de bien vouloir ouvrir la porte d’accès centrale pour les personnes handicapées car elle distribue les deux espaces, c’est non ! Pourquoi ? Parce que ! Et s’il décide que nous ne montons pas dans le train, malgré nos billets, nous ne monterons pas dans le train, il reste le seul maître à bord…  Le coup de 3 espaces réservés pour 2 vélos n’y fait rien,  un vélo cargo est un vélo hors gabarit donc interdit… Le contrôleur dit clairement que si nous avions réservé toute la voiture vélo (enfin le wagon vélo vous suivez) nous n’aurions pas plus le droit de monter à bord. Alex respire.. Au final il est d’accord pour nous accueillir à bord et même nous ouvrir la porte d’accès pour personnes handicapées. On comprendra plus tard qu’il y a une histoire de responsabilité juridique avec l’usage de cette porte si elle utilisée pour quelqu’un de non handicapé. Surprise à quai, Lou et Andréa arrivent nous dire au revoir. Lou et moi installons les enfants, accueillis par le délicieux « Fais chier, des enfants » d’une lectrice concentrée, Andréa et Alex chargent sacoches et vélos par la petite porte (merci à vous deux !). Tout est là, nous partons, nous respirons. Pour être sûrs d’embarquer dans le train les prochaines fois il faudra donc démonter entièrement le vélo cargo afin de la faire tenir dans 3 housses aux dimensions sncf. Ce sera plus long, mais ça évitera les doutes.

Première bonne surprise : le coin enfants du TER… un vrai endroit dans le train où les enfants peuvent s’allonger, jouer, où il y a des blocs moteurs en mousse. Un oasis!

Deuxième bonne surprise : à l’arrivée, les agents de gare de Montauban acceptent aussi de nous ouvrir la large porte… Tout est plus facile, un charmant voyageur à vélo nous aide. Alex remonte vélo et matériel (passage de la photo 2 à la photo 3 ou comment faire d’un tas sur le quai un équipage Bucéphale), Élisabeth et Jean-Jacques, nos hôtes Servas sont venus nous chercher. Nous prenons la route pour rejoindre leur maison, nous sentons le soleil autrement plus vif, les grillons nous accompagnent. Les vacances à vélo, c’est parti!

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Nous restons deux nuits chez Élisabeth et Jean-Jacques, apprécions leur gentillesse et leur accueil et les histoires qu’Élisabeth raconte aux petits. Mardi, nous visitons Montauban, révisons le chargement et décidons de filer mercredi matin pour notre première étape : Montauban – Montech : 11km…

 

Derniers réglages et premier test

Hier, nous avions rendez-vous devant Notre-Dame pour une dernière révision des vélos. Rendez-vous est pris avec Thomas de Cyclofix pour faire vérifier nos vélos et procéder aux derniers réglages (Jonas avait précédement vérifié le cargo). Même si Alex bricole les vélos, il est bon de savoir que les roues sont bien réglées (tensions suffisante et équilibrée des rayons et roue non voilée). La rencontre des Douze au kilomètre Zéro et un baptême réussi pour Archi’ . La canopi est montée volontairement à l’envers pour que nous puissions se voir, le bébé et nous. IMG.jpgfanchonArchi.jpg

Qui, quoi, où, comment, pourquoi ?

Dans trois jours, c’est le départ, nous larguons les amarres pour un voyage en famille et à vélo. Départ de Montauban, direction l’océan atlantique en longeant le canal de Garonne, plongée dans les Landes et remontée de la côte jusqu’au finistère Sud par la Vélodyssée notamment. Durée : 2 mois et demi

Composition de la famille : 2 qui pédalent (Alex et Fanchon), 3 qui roupillent (Emile 5 ans, Mona 3 ans & Archibald 8 mois).

Equipement: Nous partons avec deux vélos (un vélo-cargo et une randonneuse) et une tente tipi. A cela s’ajoute les listes des adhérents de l’association Servas et de l’association Cyclo camping international afin de rencontrer des habitants des endroits traversés.

Vélo-cargo ? C’est un vélo rallongé avec une caisse entre la roue avant et le guidon, parfois appelé biporteur, vélo-brouette, ou vélo-cabane – on a retenu le surnom donné par notre fille – le vélo escargot. Il se conduit comme un vélo. On témoignera de son usage en itinérance dans un prochain article.

Pourquoi le cargo plutôt que la remorque ? Après cinq ans d’utilisation de la bonne vieille remorque, on a fini par constater que les enfants étaient dans leur bulle, loin de nous, qu’on ne pouvait pas se parler facilement, et qu’en ville, son utilisation n’était pas rassurante, notamment aux passages des carrefours. Dans le cargo, les enfants sont à portée de vue et de voix, devant le guidon; on peut chanter, discuter, siffloter en ayant la sensation qu’ils sont dans nos bras. Assis et attachés dans la coque, ils sont à l’abri des dangers.

Pourquoi avoir choisi un vélo de la marque Douze ? Ce vélo est unique pour plusieurs raisons : Il a un système de transmission de direction par câble, qui le rend très maniable et c’est le seul vélo cargo qui non seulement se démonte – et se remonte – mais ce très facilement. Nous avons échangé avec plusieurs utilisateurs de vélo cargo, aucun d’entre eux ne part en vacances avec leur vélo du fait de son encombrement car non démontable. Cela nous permettra, croisons les doigts, de prendre le train lundi matin. Nous avons, pour ce principe, réservé 3 emplacements de vélo pour nos 2 vélos sur un TER.  Dernière raison, la géométrie du vélo (positionnement guidon / selle / pédalier) permet de pédaler dans une position confortable et de se mettre en danseuse.

Le second vélo est une randonneuse, robuste en cadre acier, équipée de deux sièges enfants et quatre sacoches. Pourquoi 2 sièges enfants alors que le cargo accueille 2 –  voire 3 – enfants? Pour que les enfants puissent aller et venir sur le vélo de l’un ou de l’autre. Après avoir épluché les blogs danois, on a choisi pour le bébé un siège-coque bébé 8/18 mois (dont la petite largeur permet d’assoir un autre enfant à coté, contrairement à un cosy de voiture) pour les siestes et les longs trajets dans la caisse du cargo, position dos à la route. On a installé sur la randonneuse un siège enfant avant 8mois/3ans et un siège enfant arrière 3/6 ans pour accueillir les plus grands. 4 places, 8 combinaisons de voyage.

Un tipi ? parce que ce voyage est le deuxième d’une liste qui n’attend que de s’allonger. Une fois l’aventure en terrain connu apprivoisée, nous filerons vers des contrées plus exotiques aux conditions plus difficiles. La tente Safir de Tentipi est une tente conçue pour l’expédition (conditions extrêmes ou randonnées difficiles).  Elle se dresse en trois minutes, sa hauteur intérieure permet de se tenir debout,  il est possible d’y faire du feu, et de la pôle dance autour du mât.

Pourquoi partons-nous ? Pour se mettre en déséquilibre et titiller nos convictions.  Des lectures et des films sur les apprentissages autonomes et le jeux libre, un besoin de se connecter à plus de nature, la volonté qu’une année de congé maternité/parental ne se résume pas qu’à des contingences domestiques, prendre le temps de découvrir nos enfants, de jouer avec eux, de ne plus les bousculer, de les laisser être et de les regarder devenir, de changer de rythme et de créer notre famille à 5. Un article de Grandir autrement disait que la qualité est la quantité : pour voir des étoiles filantes, il faut passer des heures à observer le ciel. Prenons tout le temps nécessaire pour vivre des moments d’éternité, furtifs, des moments où le temps se suspend, qui ne tiennent qu’à un fil, mais qui nous feront sentir – tous – pleinement à notre place.

A bientôt!

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